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Le comédien Pierre Aussedat, en compagnie de Henri Géniès et Louis De Funès dans "L'Avare" (Jean Girault & Louis De Funès, 1980)
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Interview de Pierre Aussedat du 7 juin 2007 par Franck et Jérôme
- M. Aussedat, quelles furent vos relations avec Louis de Funès ? - Notre rencontre est assez amusante car à l'époque où il préparait "L'Avare", Louis avait fait le tour de certains cours de Paris, je crois qu'il a fait notamment le Cours Simon, peut-être la rue Blanche et le Cours Florent où j'étais. Il voulait tourner avec de jeunes acteurs pour le cinéma. Il avait tellement galéré lui même pour en arriver jusque là que c'était un peu sa façon de se venger du destin que de faire tourner des jeunes afin qu'ils ne connaissent pas les mêmes galères que lui. De ce fait, au Cours Florent, il y avait une affichette sur laquelle était écrite "Audition, Louis de Funès, L'Avare". Tous les garçons du Cours l'ont faite, moi y compris. Cette audition était destinée a choisir le rôle de Valère. Dès que cela fut fini, alors que je discutais dehors avec un ami, je vis Louis de Funès qui sortait, suivi par une jeune fille qui voulait certainement lui demander un autographe. Ils discutèrent ensemble et à un moment Louis me désigna. Mon ami me dit alors d'aller à sa rencontre mais je n'osais pas. Je me suis finalement décidé et Louis m'a alors dit "C'est malheureusement fini pour cette audition, mais je voulais vous dire que j'ai beaucoup apprécié ce que vous avez fait. Je repenserai à vous". Trois semaines se passèrent jusqu'au jour où l'une des personnes qui était venu auparavant avec Louis revient au Cours, il cherchait une personne en particulier et c'est pourquoi il y avait une nouvelle audition. Tous mes amis me dirent d'y aller mais cela ne m'intéressait plus vraiment. Plus tard, alors que j'étais au café du coin, je vis une personne rentrer et je me suis dit "je connais ce visage", effectivement c'était l'une des personnes qui entouraient Louis pendant la première audition et il m'a dit "C'est vous que je cherche". C'était pour le rôle du clerc et je suis resté quinze jours sur le plateau. C'était fabuleux car Louis venait tous les jours me voir. Il me demandait ce que je travaillais actuellement au Cours et me disait "faîtes du théâtre, c'est le vrai métier, moi je ne peux plus malheureusement !". Il a toujours été très simple avec moi, sans aucune hiérarchie. Tout le monde protégeait Louis sur le plateau et cela était parfois exagéré, en tout cas je pense que Louis ne souhaitait peut être pas toujours être entouré de cette manière.
- Pouvez nous décrire l'ambiance plateau de "L'avare" ? - Louis était considéré comme un monstre par l'ensemble des acteurs et de la technique et je dis "monstre" au sens "acteur". Un vrai génie. Il y avait autour de lui un grand respect. On faisait très attention à lui car il était fatigué et il se reservait beaucoup. Il était une sorte d'icône alors que lui ne se considérait pas du tout comme ça. Sur le plateau, il n'arrêtait jamais, il inventait sans cesse.
- Pouvez vous nous décrire Louis de Funès avant une prise ? Tendu, décontracté ? - Je sais qu'une fois, lorsqu'il a tourné le monologue de la cassette (on vient de la lui voler), il s'est enfermé dans le décor avec juste quelques techniciens. Il ne voulait pas perdre sa concentration mais c'était sans aucune attention méchante, simplement pour faire le mieux possible son boulot. Avanat une prise j'ai le souvenir de quelqu'un de très calme et dès que les caméras étaient en route, on aurait dit une fusée qui se mettait en marche. C'était extraordianaire de le voir travailler, inventer.
- Il y a donc eu beaucoup d'improvisations ? - Oui bien sûr, il y a eu beaucoup d'inventions. Je me rappelle notamment d'une scène où il tirait sur un ruban elastique. Il avait trouvé cela lors des répetitions en disant "ce serait plus drôle si ce noeud était élastique". La costumière a alors tout modifié pour que ce gag soit retenu.
- Pareil pour le gag du tiroir ? - Oui je pense que c'était de lui aussi. Un des gags que je préfère est celui lorsque Frosine veut lire les lignes de ses mains et qu'il lui les présentent recroquevillées, c'est génial. Tout comme la ligne inimaginaire qui sort de ses mains dans la même scène.
- Quel souvenir de la scène où Louis étrangle Michel Galabru sur la table de la cuisine ? - Oh c'était un vrai fou rire. Galabru et lui s'aimaient beaucoup, il y avait un grand respect entre eux. Ils avaient fait beaucoup de films ensemble. C'était une ambiance très bon enfant, surtout Galabru qui était adorable. Je me rappelle de lui à la cantine lorsqu'il sortait un de ses longs cigares avec Christian Fechner qui était fumeur lui aussi.
- Cete scène à t-elle été tournée plusieurs fois ? - Je ne saurais pas vous dire, je ne m'en rappelle plus. Dans l'ensemble, je n'ai pas le souvenir de beaucoup de prises. Il improvisait beaucoup en répétitions mais il ne s'éternisait pas pendant les prises car il ne pouvait plus le faire.
- Dans quel état d'esprit se place t-on lorsque l'on donne la réplique à Louis de Funès ? - Vous savez moi je n'avais pas cent milles choses à faire. J'étais tout gamin, je débarquais de ma province, c'était mon tout premier film, mon premier vrai contrat. J'étais un peu terrorisé mais je pense que tout le monde était comme moi, peur de mal faire. Je me rappelle avoir fait certaines petites erreurs comme des regards caméras qu'il faut absolument éviter. J'avais toujours peur de faire une bêtise.
- Est ce que Louis vous a donné beaucoup de conseils ? - Oui d'ailleurs dans une scène où je suis seul à l'écran avec lui et qu'il me secoue en criant "notez", il m'a expliqué comment l'a jouer, il m'a expliqué de manière vraiment complice.
- Galabru, Modo, Grosso, Génès, vois avez senti ce besoin d'avoir sa famille de cinéma à ses côtés ? - Ah oui,il était d'une grande fidélité avec eux. Le dernier jour du tournage d'ailleurs il est venu me voir en me disant "Bon c'est fini mais on se retrouve dans un prochain film". Il disait pour rigoler "je reprends les mêmes cons mais il y aura quelque chose pour toi". Il était d'une rande fidélité avec eux.
- Pareil avec les techniciens ? - Oui je pense que c'était pareil. Pour revenir aux acteurs, je me rappelle d'Henri Génès que j'ai revu il y a une dizaine d'années. Il atendait tout comme moi dans la queue d'un théâtre lorsque nous nous sommes apperçus. Nous avons discuté un moment et il m'a dit une chose qui m'a fait vraiment plaisir : il me dit "Louis vous aimait beaucoup." Je pense que les gens l'aimaient beaucoup.
- Avez vous des anecdotes particulières à propos de Louis ? - Oui deux particulièrement. La première c'est lorsque je revois Louis me parler de Guitry. Il l'appelait "Maître". Louis avait ce respect de la tradition des formules de politesse. La seconde c'est lorsqu'il me parla de Daniel Gélin qui, à l'époque, devenait une vrai vedette et perçait de manière fulgurante dans le milieu aors que Louis galérait, jouait du piano et crevait de faim. Un jour il vît Glin et lui dit "J'en ai marre, je n'en peux plus, ce métier n'est pas pour moi, j'arrête !" Et Gélin lui a dit, "non Louis tu ne peux pas, continue ! Moi je crois en toi et tu verras ça va payer !" Quelques années après, lorsqu'ils se revirent Gélin lui dit: "tu sais à ce moment là j'ai failli te dire de tout arrêter". Je trouve cette anecdote formidable.
- Quelles étaient les relations avec le réalisarteur Jean Girault ? - Oh ils se connaissaient très bien. Ils étaient très complices car ils avaient fait beaucup de films ensemble. Jean Girault était un technicien, c'est à dire qu'il savait très bien filmer et voyait parfaitement ce que voulait Louis. Ils fonctionnaient un peu en binome.
- Lors de la scène où Louis vous tape, il y va franco ? - Oui, il ne faisait pas semblant mais vous savez il y a le métier, c'est contrôlé quand même. Je trouve ça normal qu'il la joue de manière sincère.
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