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Denys de La Patellière

 

azertyuiuytrLe réalisateur Denys de la Patellière, est né en 1921 dans une famille nantaise. Après avoir préparé St Cyr au lycée de Poitiers, il se présente au concours d'entrée en mai 1940. L'année suivante, Denys de la Patellière, comme tous ceux de sa classe d'âge, est appelé aux chantiers de jeunesse, il en est radié, puis expulsé pour gaullisme en novembre 1942. De retour dans la région de Nantes, il est convoqué par le S.T.O. pour aller travailler en Allemagne. Il ne s'y rend pas et comme tous les réfractaires, disparaît et va vivre dans la clandestinité, jusqu'à son engagement volontaire dans l'Armée de Libération. Il retourne à la vie civile en septembre 1945.

azertyuiuytrLe 2 janvier 1946, il découvre un métier qui le passionnera pendant 50 ans, le cinéma. Denys de la Patellière réalise son premier film en 1955, " Les Aristocrates " avec Pierre Fresnay. Suivront notamment " Le salaire du pêché " avec Jeanne Moreau et Danielle Darrieux, " Les Grandes familles " avec Jean Gabin, Pierre Brasseur et Bernard Blier, le fameux et génial " Taxi pour Tobrouk " avec Lino Ventura et Charles Aznavour ou encore " Du Rififi à Paname " avec Jean Gabin et Mireille Darc. Il a été scénariste ou adaptateur de tous ces films, les dialogues étant assurés par Roland Laudenbach, Michel Audiard, Pascal Jardin et Alphonse Boudard. A partir de 1975, il travaille pour la télévision. Il réalise, entre autres, plusieurs épisodes du commissaire Maigret avec Bruno Cremer, la série du Conte de Monte Cristo avec Jacques Weber, et celle du Paria avec Charles Aznavour. En 2003, il publie son premier roman, " l'Enfant évanoui ", aux éditions Mercure de France.

azertyuiuytrAujourd'hui, ce grand réalisateur nous évoque longuement l'un des films les plus populaires qu'il réalisa au cours de sa carrière, " Le Tatoué " avec Jean Gabin et Louis de Funès. Un grand merci à ce monsieur simple, disponible et sympathique qui nous accordé de son temps…

 

 

Jean Gabin et Louis de Funès rivalisent de comique dans ce film de Denys de la Patellière.

 

 

Interview de M. Denys de La Patellière du 4 mars 2008 par Franck et Jérôme

 

- M. De La Patellière, votre premier film " Les Aristocrates ", avec Pierre Fresnay, date de 1955. Comment en êtes vous arrivé au cinéma ?

- Après la libération, dans cette situation qui était confuse, je cherchais quoi faire. L'envie d'écrire pour le cinéma m'avait gagné, mais pour écrire dans un domaine, il fallait bien connaître celui-ci. Ce n'était pas mon cas et je n'avais pas beaucoup d'argent. Je me suis alors fait engager dans un laboratoire, comme ouvrier développeur. La plupart des personnes qui travaillaient dans cette entreprise ne possédaient aucun diplôme, et le laboratoire recherchait un cadre. Comme je disposais de compétences et que les responsables m'avaient pris en affection, ce poste me fut proposé et je l'ai accepté. Mais je ne tenais pas à rester à ce poste toute ma vie. C'est ainsi que je suis entré comme monteur dans une maison cliente du laboratoire, que se nommait les " Actualités Françaises ". Par la suite, je suis devenu animateur de poupées, j'ai travaillé pour des dessins animés avec des Américains. Enfin, je suis devenu second assistant réalisateur, puis premier assistant en 1950. Cinq ans plus tard, je réalisai mon premier film.

 

- L'un de vos gros succès reste " Un taxi pour Tobrouk ", réalisé en 1960. Comment se déroule la conception d'une telle trame ? De quoi part-on et comment arrive t-on à ce résultat ?

- " Un Taxi pour Tobrouk " est certainement le film qui m'est le plus cher aujourd'hui. J'ai perdu deux frères pendant la Seconde Guerre Mondiale et souhaitait faire un film contre la Guerre, montrer la connerie qu'elle représentait.

 

- Ce fut un film à gros budget ?

- Non pas du tout. Ce qui est extraordinaire, c'est que la Gaumont ne croyait pas au film. Le producteur Alain Poiré n'aimait pas le message qu'il voulait faire passer. Il empêcha la sortie du film dans les salles parisiennes de la Gaumont. Mais, en tant que distributeur, il se devait de le sortir en province. Le film connut un très beau succès dans tout le pays, y compris à Paris dans les salles concurrentes, à tel point que les dirigeants de la Gaumont se fâchèrent après Poiré. Et ce dernier m'en a voulu après.

 

- Venons-en à présent à Jean Gabin, avec qui vous avez énormément tourné (" Du Riffifi à Paname ", " Le Tueur ", " Les Grandes familles "…) quand l'avez-vous rencontré et qu'est ce qui vous séduisait chez lui ?

- Nous nous sommes rencontrés de la plus simple des manières. Je venais de réaliser un film qui s'était soldé par un échec, mais que mon producteur avait bien aimé. Celui-ci voulait alors produire un film avec Gabin et me proposa le projet, que j'ai accepté. Gabin acquiesça également et nous nous sommes rencontrés à cette occasion. Notre premier film en commun fut " Les Grandes familles ". J'avais une grande considération pour l'acteur, bien entendu, mais aussi pour l'homme. Il n'en parlait pas beaucoup car ne le souhaitait pas, mais il avait fait des choses incroyables pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'il était déjà une vedette. Vous en connaissez beaucoup des acteurs qui, au lieu de poursuivre leur carrière, devinrent chef de char dans la 2ème DB ?

 

- Parlons du " Tatoué ", comment vous est venue l'histoire d'un collectionneur d'arts qui souhaite racheter un tatouage à un ancien légionnaire ?

- Ce fut un film très compliqué. Initialement, nous devions travailler sur un scénario d'Alphonse Boudard. Mais ni Jean Gabin ni Louis de Funès n'en était satisfait et ils refusèrent de le tourner. Je pensais alors que le projet venait de tomber à l'eau. J'avais proposé au producteur de faire un film avec Gabin, un autre avec de Funès, mais le producteur nous avait fait signer tous trois un contrat et devions concevoir un film ensemble. Plusieurs personnes lui avaient dit " tu as ces deux vedettes pour un même film ?! C'est formidable, n'abandonne surtout pas ". Nous avons donc commencé à tourner sans trop savoir où nous allions. Ce fut Pascal Jardin qui reprit le scénario, ce qui ne plut pas beaucoup à Alphonse Boudard d'ailleurs… Au commencement du tournage, nous n'avions que trois scènes écrites. Jardin m'apportait chaque scène à l'avant-veille du tournage et préparions le plateau la veille ! Ce fut donc très compliqué…

 

- Comment devait se terminer initialement l'histoire ?

- Je ne m'en souviens plus, mais c'était assez différent du résultat final.

 

- Plusieurs biographes ont évoqué la tension des relations entre Jean Gabin et Louis de Funès, puis cette idée fut atténuée par la suite. Pouvez-vous nous évoquer vos souvenirs concernant la réunion de ces deux monstres du cinéma ?

- Il ne se passa rien de spécial sur le tournage. C'est-à-dire que ni l'un ni l'autre ne fit des histoires, mais l'entente ne fut pas non plus parfaite. Ils se marraient tout de même au début du tournage puis, progressivement, l'ambiance s'est légèrement refroidie, sans en arriver toutefois à un conflit. Les deux comédiens assistaient aux projections chaque soir et en discutaient immédiatement après. Mais le lendemain, Jean Gabin se rendait compte que Louis de Funès avait un avis différent de ce qu'il avait dit la veille. Et cela énervait Gabin. Il sentait que la femme de Louis de Funès avait beaucoup d'influence sur son mari. Alors il revendiqua " pas de femmes sur le plateau, moi je n'amène pas la mienne ". Voici donc les relations entre Louis de Funès et Jean Gabin, sans fâcheries. Ils se sont d'ailleurs revus par la suite. Ils étaient simplement deux personnes différentes, même si cela ne constitue pas toujours une raison suffisante. Par exemple, Gabin et Fernandel n'avaient pas grand-chose en commun, ils se sont pourtant merveilleusement bien entendus.

 

- Dans quel état d'esprit travailliez-vous avec Louis de Funès ? Vous l'encadriez ou au contraire le laissiez faire ses trouvailles ?

- Il devait rester un peu dans le fil de l'histoire. Mais il faut bien dire que nous faisions alors un peu du n'importe quoi, sans véritable trame. Alors, il était libre d'inventer, de broder. Tous, nous devions inventer quotidiennement : les acteurs, Pascal Jardin et moi-même.

 

- Quel souvenir gardez-vous de lui ?

- Au cours de ce tournage difficile, j'ai eu de très bonnes relations avec lui. Je le connaissais peu pourtant. Il était un prodigieux comique. Je pense qu'il en est mort d'ailleurs. En permanence, il portait en lui une tension énorme sur son métier. Et cette anxiété l'a épuisé. Il n'avait pas le trac, c'était plus sérieux que cela. Il avait eu tellement de mal à lancer sa carrière, il en avait bavé en acceptant des petits rôles pendant plus de vingt ans. Et lorsqu'il est devenu une vedette, il aurait pu souffler, se détendre, perdre de ce stress continu. Eh bien non, il a toujours conservé ce stress, cette peur de retomber à ce qu'il avait connu autrefois.

 

- Quelles furent les critiques à la sortie du film ?

- Elles furent dans l'ensemble mauvaises. Pas toutes, car certaines étaient vraiment très mauvaises (rires) ! Quelques uns avaient apprécié le côté farfelu du film.

 

- Avez-vous eu d'autres projets avec lui ?

- Non, l'occasion ne s'est jamais représentée.

 

- Au final, avez vous des regrets pour ce film ?

- Bien entendu, j'aurais préféré le réaliser dans de meilleures conditions, mais le résultat est correct. Lorsque Gabin et de Funès n'ont pas été satisfaits du scénario, le producteur aurait dû abandonner, passer à autre chose. Mais l'occasion d'avoir ces deux grands acteurs réunis était trop belle. Ce fut finalement une très bonne opportunité pour moi car le film rencontra un beau succès et il est encore parfois diffusé à la télévision.

 

 

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